Web3 : Quand l’industrie échoue à ses propres tests de résistance.

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    Raphael Rocher

    Raphael Rocher contributes to VaaSBlock’s research and RMA™ assessments, specialising in operational risk, governance maturity, and cross-market analysis in Asian Web3 ecosystems. His background in product operations and compliance informs his work evaluating early-stage blockchain teams. He also hosts the NCNG podcast.

    Introduction : Les habits neufs de l’Empereur

    Dans le conte intemporel de Hans Christian Andersen, Les habits neufs de l’Empereur, deux escrocs convainquent un souverain vaniteux qu’ils lui ont tissé un costume magnifique, visible seulement par les sages et les compétents. L’empereur parade dans la ville, nu comme un ver, tandis que courtisans et sujets font semblant d’admirer l’invisible étoffe, jusqu’à ce qu’un enfant dise tout haut l’évidence : « Mais il n’a rien sur lui ! » Le charme se brise, la réalité s’impose.

     

    The Emperor Closet

     

    Web3 : cet écosystème tentaculaire qui rassemble blockchain, crypto et technologies décentralisées. Une vision pleine de promesses, qui a également défilé en costume d’Adam, porté par le battage médiatique. Pendant des années, on vous a vendu une innovation révolutionnaire : finance sans frontières, économie de la propriété, technologies censées bouleverser le monde. Pourtant, alors que 2025 s’achève, avec un Bitcoin bloqué autour de 100 000 $ (loin des sommets attendus en marché haussier), un marché complètement déconnecté des indices traditionnels comme le S&P 500, et des placements crypto à la traîne par rapport au taux de rendement de l’économie réelle, l’illusion s’effondre.

    Pourquoi le Web3 échoue-t-il en 2025 ? Pas seulement à cause des régulations ou de la conjoncture macro-économique, mais surtout parce que le secteur est dirigé par des amateurs : des “visionnaires” peu qualifiés qui vantent des chiffres gonflés, des récits illusoires et des exécutions bâclées. C’est le moment pour le monde crypto de se mettre à nu et de réaliser que les belles promesses sont invisibles aux yeux de tous.

    Cette prise de conscience est venue de mon coté d’un “meme” percutant : « Développeur qui ne sait pas coder, marketeur qui ne sait pas vendre, lançons une startup Web3. » Présent dans la crypto depuis 2017, en Australie,en Asie et en Europe, j’ai croisé quantité d’ingénieurs et de marketeurs qui ne seraient ni excellents, ni même compétents, dans un secteur mature.

    Il y a aussi eu cette annonce pour un poste de CMO dans l’une des « plateformes d’échange Web3 à la croissance la plus rapide » : expérience exigée comme responsable marketing d’une plateforme du top 15, gestion de la croissance post-régulation, compte X à 50 000 abonnés, expertise CAC. Absurde. Personne ne correspond, car les géants comme Binance ont grandi sans régulation, à une époque où l’on ignorait la loi (comme le montrent les procès) et où l’on privilégiait dépôts et emails plutôt que l’analyse de données. Ayant moi-même proposé des stratégies data chez Binance, avant d’être écarté par la direction, je peux l’affirmer : cette annonce reflète un management amateur, ignorant l’histoire du secteur.

    Ce n’est pas un cas isolé. Le web3 est gangrené par le manque de compétences, le nivellement par le bas et l’acceptation de l’absurde à tous les niveaux : mirages marketing, failles de direction, échecs journalistiques, hypocrisies des plateformes d’échange et pénurie structurelle de talents. Voici une démonstration structurée, appuyée sur des statistiques, comparaisons et études de cas.

     

    Pourquoi 2025 est l’année de l’exposition

    Les marchés haussiers sont indulgents. Ils récompensent la rapidité plus que le discernement, le récit plus que la rigueur, l’élan plus que la compétence. Dans ces conditions, même les moins bons paraissent brillants. L’abondance de capitaux masque l’inefficacité. La croissance utilisateur cache l’attrition. La hausse des prix transforme des idées inachevées en succès.

    Les marchés plats font l’inverse. Ils retirent l’oxygène du récit et forcent les systèmes à survivre sur leurs fondamentaux. Quand les prix ne travaillent plus pour vous, seule l’exécution compte. La rétention compte. Les vrais utilisateurs comptent. Et en 2025, ces tests de résistance sont enfin appliqués à tout Web3.

    Ce schéma n’est pas propre à la crypto. L’explosion de la bulle internet au début des années 2000 a éliminé des milliers d’entreprises, non parce qu’internet était une mauvaise idée, mais parce que le capital facile finançait de mauvais modèles. Les survivants — Amazon, Google, eBay — n’étaient pas les plus bruyants, mais les plus compétents opérationnellement. De même, la correction post-ZIRP dans le SaaS a révélé une génération de startups qui avaient confondu croissance à tout prix et modèle économique durable. Des cycles similaires émergent aujourd’hui dans l’IA et le SaaS. Quand le financement se resserre, seules les entreprises avec de vrais fondamentaux et une direction disciplinée survivent.

    La crypto vit aujourd’hui ce moment. L’environnement macro a changé. La liquidité n’est plus abondante. Les flux de particuliers ralentissent. L’attention se fragmente. Dans le même temps, les grandes promesses du secteur — adoption massive, nouveaux outils financiers, vraie décentralisation — n’ont pas été tenues à grande échelle. L’écart entre promesse et réalité n’est plus masqué par la hausse des prix.

    Les chiffres le montrent clairement. L’engagement organique sur les réseaux sociaux crypto a fortement chuté depuis son pic de 2021. L’activité on-chain se concentre sur un petit groupe d’utilisateurs très actifs. Les volumes au comptant continuent de baisser, même si les prix restent élevés. Ce ne sont pas les signes d’une expansion exponentielle, mais d’un secteur qui recycle les mêmes participants et peine à attirer de nouveaux venus.

    Voilà pourquoi 2025 compte. Ce n’est pas une année de chute, mais une année de révélation. La question pour Web3 n’est plus de savoir si la technologie est précoce ou incomprise. C’est de savoir si ceux qui la dirigent sont capables de bâtir quelque chose qui survive sans battage perpétuel. Dans ce contexte, l’amateurisme n’est plus caché. Il devient structurel, visible, et de plus en plus coûteux.

    Classic 2025 Calendar On Wall

     

    Note éditoriale : définitions et sources

    Ce texte emploie un ton direct à dessein, mais il s’appuie sur des faits observables, pas sur des jugements d’intention. Quand certains termes pourraient prêter à confusion juridique, ils sont utilisés dans leur sens courant, basé sur les résultats.

    Ce que nous entendons par « amateur » et « professionnel » : Est amateur celui qui opère sans les standards de base considérés comme indispensables dans les secteurs matures : définitions claires des métriques, attribution, gouvernance, contrôle des risques, et responsabilité dans la durée. Est professionnel celui qui fait l’inverse : mesure disciplinée, reporting audité, processus robustes et continuité du management à travers les cycles de marché.

    Ce que nous entendons par « utilisateur » : Dans tout l’article, « utilisateur » désigne un niveau de participation défini (par exemple : compte approvisionné, actif ou effectuant des transactions), et non un simple email enregistré ou un portefeuille créé. Quand nous citons des chiffres d’« utilisateurs » publiés par les plateformes, nous soulignons l’écart entre inscription et activité réelle, sans accuser d’intention malveillante.

    Ce que nous entendons par « faux » (utilisateurs/volumes) : « Faux » désigne ici des activités que des chercheurs indépendants, auditeurs ou analyses d’intégrité de marché ont signalées comme non économiques (ex : wash trading), ainsi que des métriques qui incluent probablement une large part de comptes inactifs ou en doublon. Il s’agit d’une question de qualité de mesure et d’incitations, pas d’une accusation généralisée de fraude pénale.

    Ce que nous entendons par « arnaques » dans le marketing : Cela vise des pratiques qui ne respecteraient pas les attentes de transparence, d’attribution ou de protection du consommateur dans les secteurs régulés — par exemple : influence payée sans mention claire, engagement gonflé par des bots vendu comme de la demande organique, ou reporting de performance impossible à auditer.

    À propos des sources et de l’interprétation : Les statistiques et exemples de cet article proviennent de rapports publics, posts de transparence, fournisseurs de données de marché et études largement relayées dans le secteur. Quand les estimations divergent, des fourchettes sont indiquées. L’argument ne repose pas sur un seul chiffre, mais sur la cohérence du schéma à travers les métriques, les incitations et les résultats répétés.

    Sticky Notes Remiders

     

    Le mirage marketing – Les impressions priment sur l’impact

    Le marketing dans les secteurs matures est une science du résultat cumulatif : transformer la notoriété en demande qualifiée puis en revenus durables, grâce au CAC, LTV, rétention et attribution. Dans Web3, le marketing se réduit souvent à du clinquant superficiel : diaporamas de logos, promesses d’impressions et actions impossibles à relier à une vraie croissance. Ce schéma est analysé en détail dans d’autres études sur l’échec du marketing Web3.

    Regardez les agences. Les agences marketing Web3 évitent souvent les reportings statistiques sérieux, préférant montrer des présentations remplies de logos clients tout en ignorant CAC, taux de clics (CTR), conversion du tunnel, rétention des cohortes ou méthodes de mesure de la marque. Le discours type : 50 000 $+ pour 2 millions d’impressions, sans aucun ROI vérifiable.

    Comparez avec les standards traditionnels :

    Métrique

    Standard secteur mature (2024–2025)

    Livrable typique agence/KOL Web3

    Promesse principale

    ROI, CAC, LTV, attribution des revenus

    X millions d’impressions garanties

    Études de cas

    Chiffres concrets liés aux résultats

    Mur de logos + 2–10M impressions (aucun lien avec les revenus)

    Délai moyen de remboursement du CAC B2B SaaS

    5–12 mois

    Presque jamais communiqué

    CTR de référence (Ads/Affichage)

    0,46 %–3,17 % selon secteur

    Souvent <0,05 % mais présenté comme « succès »

    Coût par lead qualifié (logiciel entreprise)

    200–800 $

    50k–250k $/mois « awareness » sans aucun lead qualifié

     

    Mirror Reflection Of A Man

    Ce que le marketing devrait vraiment accomplir

    Dans les secteurs matures, le marketing n’est pas une affaire de ressenti. C’est une discipline opérationnelle, directement liée aux revenus, à la rétention et à la valeur de la marque sur le long terme. Les tactiques varient entre SaaS, fintech, plateformes grand public ou logiciels professionnels, mais les promesses de fond sont identiques : génération de demande prévisible, acquisition client mesurable et amélioration de l’économie unitaire dans le temps.

    Au minimum, une organisation marketing professionnelle doit savoir qui est son client, comment l’acquérir, combien cela coûte et en combien de temps il devient rentable. Les notions de rétention de cohorte, délai de remboursement, conversion du tunnel et valeur vie client ne sont pas des options : elles sont le socle de base. Un marketing qui ne sait pas exprimer ces métriques n’est pas immature : il est dysfonctionnel.

    Dans le SaaS, par exemple, les équipes croissance sont évaluées sur le délai de remboursement du CAC, la rétention nette des revenus et la contribution au pipeline. En fintech, le marketing est étroitement lié à la conformité, à l’attribution et à la croissance ajustée au risque. Même dans les marketplaces grand public, où la marque compte plus, les équipes mesurent la récurrence d’usage, la fréquence et le coût marginal d’acquisition. Les impressions et la portée n’ont d’intérêt que si elles se traduisent par ces résultats en aval.

    C’est là que le marketing Web3 s’écarte radicalement des normes professionnelles. Les impressions sont considérées comme une fin, non comme un point de départ. La notoriété est célébrée sans aucun chemin crédible vers la conversion. Les campagnes sont dites « réussies » sans mesurer si elles ont généré des utilisateurs qui restent, qui agissent ou qui créent de la valeur. Au final, le marketing est totalement déconnecté du business.

    Le résultat : une erreur de catégorie. Les équipes Web3 parlent le langage de la croissance mais opèrent sans l’instrumentation ni la discipline nécessaires. Elles embauchent des agences non auditables, dépensent des budgets impossibles à justifier et célèbrent des résultats qui ne passeraient jamais un board dans une entreprise mature. Ce n’est pas un manque de créativité ni d’ambition, c’est une incompréhension de la finalité du marketing.

    Tant que les organisations Web3 n’exigeront pas de leur marketing des objectifs clairs, des résultats mesurables et une vraie redevabilité, le secteur continuera à confondre bruit et progrès. Et dans un marché qui ne grandit plus automatiquement, cette confusion devient fatale.

    Man Looking Up With Tall Building At His Back

     

    Des ex-employés et fondateurs se lâchent sur X : « J’ai dépensé 180k$ en KOLs et agences : 8M impressions, 11k$ de dépôts. Plus jamais » (fondateur DEX mid-tier, oct. 2025). Un autre : « Le marketing Web3, c’est juste de l’auto-congratulation avec des logos et des faux likes » (ex-growth d’un exchange, post viral 14k likes).

    Ce qui rend la chose corrosive, c’est que le livrable n’est presque jamais un résultat. C’est de l’attention : souvent non qualifiée, gonflée par des bots, rarement mesurée au-delà de captures d’écran du haut du tunnel. Le discours devient : « On va vous rendre visible », pas « On va vous amener des clients ».

    Le marketing piloté par les KOLs est le symptôme le plus flagrant : c’est le mirage de croissance par KOL. Beaucoup de projets sous-traitent la croissance à des personnalités sur X, payant pour la portée tout en acceptant un décalage d’incitation : le KOL est rémunéré pour le post, pas pour la rétention des utilisateurs qui arrivent.

    Top 100 KOLs crypto sur X : médiane à ~180k abonnés, mais taux d’engagement typiques autour de 0,3 %–0,8 % (selon segment et méthode d’audit). Prix d’un tweet sponsorisé : 800–2k$ pour ~50k–100k abonnés, 8k–25k$ pour ~500k–1M abonnés. Beaucoup de « packages » incluent des likes/commentaires groupés pour simuler un élan initial.

    C’est là que l’écosystème glisse du « marketing » vers le théâtre. Les packages KOL incluent souvent (explicitement ou non) des likes et commentaires boostés, des « raids » pour simuler de l’engagement la première heure, afin que l’algorithme prenne le relais. Dans d’autres secteurs, cela existe mais c’est considéré comme un risque pour la marque. Dans Web3, c’est la routine.

    Le vrai problème n’est pas que ce marketing semble cheap. C’est qu’il transforme la confiance en ressource non renouvelable.

    Dans les secteurs régulés — finance, jeux, santé, crédit — l’influence payée est très encadrée. Les mentions sont attendues. Les promesses sont vérifiées. Les marques sont sanctionnées si elles trompent, même « juste » par marketing. Web3 agit souvent comme si ces normes n’existaient pas, puis s’étonne que le grand public se méfie du secteur entier.

    La réputation dans la crypto se détériore comme une taxe cachée. Un lancement trop survendu ou une campagne d’influence ratée ne fait pas qu’échouer : cela rend la campagne suivante moins efficace, et ainsi de suite. Les utilisateurs deviennent sceptiques plus tôt dans le tunnel. Les conversions baissent. La rétention s’effondre. Le support client coûte plus cher. Et chaque équipe honnête hérite du cynisme créé par les précédentes.

    C’est pourquoi le « mindshare » est un substitut dangereux à la vraie demande. Il s’achète plus facilement que la confiance, mais disparaît plus vite. Quand l’audience rétrécit déjà, acheter de l’attention ne fait pas que gaspiller de l’argent : cela épuise la seule cohorte encore attentive.

    Le coût réel apparaît là où Web3 ne mesure jamais : CAC plus élevé, moins de recommandations organiques, moins d’envie de déposer, plus de sensibilité à la moindre friction. Les gens ne cessent pas seulement de cliquer. Ils cessent d’y croire. Quand cela arrive, votre produit ne se mesure plus à ses fonctionnalités : il se bat contre l’idée que vous mentez.

    En parallèle, l’intérêt organique diminue depuis son pic de 2021. Quand la base se réduit, le théâtre s’amplifie. Les projets n’adaptent pas le produit, la rétention ou le tunnel : ils achètent l’apparence de la demande.

    Pourquoi cela continue-t-il, alors que toutes les preuves montrent que ça ne marche pas ?

    D’abord, les impressions sont faciles à vendre. Difficiles à auditer, faciles à reconditionner, presque impossibles à contester sans instrumentation. Une capture d’écran de portée « semble » être une performance. Un vrai rapport tunnel pose des questions gênantes. Les agences et réseaux KOL optimisent pour ce qui se vend, pas pour ce qui est vrai.

    Ensuite, les fondateurs achètent des impressions car la preuve sociale est vitale dans un marché narratif. Quand le financement, le listing, les partenariats et les recrutements réagissent à l’élan perçu, paraître populaire devient rationnel à court terme. Le drame, c’est que cette stratégie sacrifie la confiance à long terme pour l’image à court terme — et les équipes ne voient la conséquence qu’une fois la bulle passée.

    Troisièmement, beaucoup d’investisseurs et boards n’ont pas la culture marketing. Dans une entreprise mature, le marketing se juge comme la finance : définitions, référentiels, redevabilité. Dans Web3, ceux qui tiennent le budget ne savent pas distinguer notoriété et acquisition, ni engagement et rétention. Résultat : « on a eu 10 millions d’impressions » passe pour du progrès, même si les dépôts et utilisateurs actifs stagnent.

    Enfin, la conception des incitations empire la situation. Les KOLs sont payés au post, pas à la rétention. Les agences sont payées au mois, pas au retour sur investissement. Les équipes croissance sont récompensées pour l’activité visible, pas pour les courbes de cohorte. Quand tout le monde est payé pour l’apport, pas pour le résultat, le système produit du théâtre par défaut.

    Ce n’est pas un défi créatif, mais un défi de responsabilité. Le secteur n’a pas besoin de marketing plus bruyant, mais d’un marketing qui résiste à la mesure.

     

    Ces pratiques marketing Web3 (ou « pratiques », pour rester polis) seraient inacceptables ailleurs. Dans la publicité classique, les agences promettent ROI et attribution ; ici, c’est le clinquant qui compte. Le résultat n’est pas qu’un budget gaspillé : c’est un dommage structurel.

     

    A Man Climbing Up A Long Stairs

    Pourquoi ce n’est pas seulement kitsch — c’est destructeur

     

    Premièrement, cela détruit la confiance avant même que la marque existe. Dans les marchés matures, la confiance se construit : les utilisateurs tolèrent bugs, changements de prix, voire scandales, car la marque a gagné sa crédibilité. Dans Web3, la plupart des projets brûlent cette confiance en 90 jours. Lancements survendus, cycles de hype KOL, campagnes à l’impression attirent les utilisateurs les moins fidèles — chasseurs d’airdrops, spéculateurs court terme, capitaux mercenaires — qui partent à la moindre friction. La marque n’a jamais de seconde chance car elle n’a jamais gagné la première.

    Deuxièmement, cela fausse la prise de décision interne. Quand la direction ne reçoit que des chiffres d’impressions au lieu de données de cohorte, l’organisation perd sa capacité d’apprentissage. Les équipes ne peuvent plus répondre aux questions de base — quel canal amène les utilisateurs fidèles, quel message convertit après quatre semaines, où le churn s’accélère — car ces données n’ont jamais été collectées. Cela crée une boucle où l’échec est attribué au marché, non à la stratégie, menant à plus de dépenses sur les mêmes tactiques inefficaces.

    Troisièmement, cela détourne le capital à grande échelle. Les startups Web3 financées par le capital-risque dépensent souvent 20–40 % de leur budget initial en marketing sans retour mesurable. Dans une startup classique, ce niveau d’inefficacité déclencherait une intervention immédiate du board. Dans la crypto, c’est normalisé — voire célébré — sous prétexte de « mindshare ». Le coût d’opportunité est sévère : ingénierie, audits de sécurité, support client et conformité sont sous-financés tandis que bannières, KOLs et relations presse prospèrent.

    Quatrièmement, cela accélère la dégradation de la réputation du secteur. Pour l’extérieur, le marketing Web3 ne paraît pas seulement immature : il paraît frauduleux. Quand chaque projet prétend être « le futur de la finance », les utilisateurs comprennent que la plupart mentent. Voilà pourquoi chaque cycle attire moins de nouveaux venus. En 2025, le marketing ne fait plus entrer de nouveaux utilisateurs — il recycle surtout la même audience, en l’épuisant à chaque fois.

    Enfin, cela sélectionne les mauvais profils. Les marketeurs compétents — formés à l’attribution, au cycle de vie, à l’expérimentation, à l’analytics — ne restent pas là où la réussite n’est pas mesurable. Ils partent, ou ne viennent jamais. Ne restent que des opérateurs optimisés pour l’apparence, pas pour le résultat. Progressivement, le marketing devient un théâtre de performance, non un moteur de croissance.

    C’est pour cela que l’échec du marketing Web3 compte. Ce n’est pas cosmétique. C’est fondamental. Un secteur qui ne sait pas marketer honnêtement ne découvre pas la vraie demande, ne construit pas de marques solides et ne peut pas croître au-delà des cycles spéculatifs.

    Ce qui nous amène à la prochaine illusion du secteur : les utilisateurs.

    Pourquoi pas de pros dans le marketing crypto ? Parce que les amateurs tolèrent la médiocrité — et le système les en récompense.

     

    A Dangerous Futuristic Missile Exibit

    L’illusion utilisateur – Chiffres gonflés, réalité dégonflée

    Les plateformes affichent « des centaines de millions » d’utilisateurs comme les habits invisibles de l’empereur : impressionnant sur le papier, faux dans les faits. Binance a annoncé 300 millions d’utilisateurs fin 2025, mais il s’agit surtout d’emails inactifs issus des périodes de farming d’avant 2023 (chasseurs d’airdrops, farmers de launchpad). Leur post LinkedIn a eu moins de 2 000 impressions et ~30 interactions — à peine un frémissement pour un géant. Les amateurs du secteur crypto définissent « utilisateur » de façon très large, gonflant les chiffres tout en masquant les doublons et l’inactivité.

    Une grande partie de l’illusion est sémantique. Dans Web3, « utilisateur » signifie souvent « adresse email ayant touché un formulaire ». Dans un secteur mature, ce serait un lead, pas un utilisateur.

    Un opérateur professionnel distingue au moins quatre niveaux de participation :

    • Comptes enregistrés : inscriptions, emails, wallets créés. C’est le chiffre le plus large, donc le moins utile.
    • Comptes approvisionnés : comptes ayant déjà déposé des fonds (fiat, stablecoins, actifs). Premier seuil qui traduit une intention.
    • Utilisateurs actifs mensuels (MAU) : comptes qui reviennent et réalisent des actions significatives sur une période donnée (simple connexion insuffisante).
    • Utilisateurs transactionnels / générateurs de revenus : ceux qui tradent, stakent, empruntent ou paient des frais — c’est-à-dire qui créent une vraie valeur business.

    Dans le SaaS et la fintech, ces distinctions ne sont pas du pinaillage : elles évitent aux entreprises de se mentir. Une app grand public fête les inscriptions, mais le business se gère sur les courbes de rétention. Une société de paiement cite le total de comptes, mais les opérateurs regardent les vrais utilisateurs actifs, les taux de chargeback et la rétention nette. Même un courtier qui se vante de ses « utilisateurs » est jugé sur les comptes approvisionnés, les actifs en dépôt et les traders actifs.

    La crypto brouille ces lignes parce que cela l’arrange. Des chiffres flous d’« utilisateurs » gonflent l’adoption perçue, soutiennent la valorisation et donnent l’impression que les plateformes sont incontournables. Mais cela rend la compréhension réelle plus difficile pour les partenaires, régulateurs, journalistes, voire employés.

    Le coût de cette ambiguïté est réel. Si vous ne définissez pas l’utilisateur, vous ne pouvez pas mesurer le churn. Sans churn, pas de modélisation LTV. Sans LTV, impossible de justifier le CAC. Et sans CAC justifié, la stratégie de croissance est remplacée par la stratégie du battage.

    C’est ainsi qu’un secteur finit par célébrer « 300 millions d’utilisateurs » tout en se battant pour attirer l’attention d’un public bien plus restreint.

    300 Billion Users Registered In This Platform

    Possesseurs mondiaux de crypto : 560M–861M (Chainalysis/Triple-A 2025), mais utilisateurs actifs ? 40–70M (a16z State of Crypto 2025), avec ~1–5M wallets actifs quotidiens (TRM Labs). Traders particuliers : moins de 200k vraiment actifs (Chainalysis). Sondage Consensys (10k répondants) : 88 % ont 3+ comptes sur exchanges, 62 % en ont 5+. Kaiko/Nansen : 68 % du volume spot vient de wallets actifs sur Binance + Bybit + OKX en même temps. Zéro fidélité : 83 % changeraient pour 0,005 % de frais en moins (étude OKX 2025) ; Dune Analytics : 78 % des traders changent de plateforme principale chaque mois. Contrairement aux opérateurs mobiles (une SIM), les utilisateurs crypto chassent la promo, louant les plateformes temporairement.

    L’absence de fidélité n’est pas un mystère. C’est la conséquence structurelle du modèle des exchanges et des incitations proposées.

    La plupart des exchanges proposent la même chose : mêmes paires majeures, mêmes carnets d’ordres, mêmes rails stablecoins, même interface avec un habillage différent. Les frais sont banalisés. Les incitations copiées-collées. Dès qu’une plateforme offre un rabais, un statut VIP ou un accès à une nouvelle cotation, les utilisateurs migrent. Le coût de changement est quasi nul, car la « relation » n’est pas collante : pas d’historique de compte valorisé, pas de vraie barrière à la portabilité.

    Comparez à une banque, un courtier, un SaaS. Là, l’utilisateur accumule de la friction et de la valeur : prélèvements, fiches de paie, documents fiscaux, historique, lignes de crédit, intégrations, support. Changer est possible, mais pénible — et c’est cette pénibilité qui crée la rétention.

    Les exchanges crypto ne cherchent pas ce lien car leur modèle ne l’exige pas. Quand les revenus viennent des produits à effet de levier, le client le plus rentable n’est pas le fidèle, mais le trader haute fréquence qui génère des frais aujourd’hui. Cela pousse les plateformes à privilégier l’activité sur la confiance : levier, promos, compétitions, nouveaux produits constants.

    Résultat : un marché de location, pas une base client. Les exchanges n’« acquièrent » pas des utilisateurs, ils les attirent temporairement. Quand l’incitation change, ils partent. Ensuite, les exchanges expliquent le churn par les cycles de marché, alors qu’il s’agit simplement de la conséquence d’un casino banalisé sans couche relationnelle.

    Les faux volumes aggravent l’illusion : 71 % des 50 plus grands exchanges CoinGecko affichent plus de 70 % de wash trading (Kaiko nov. 2025). Bybit a gonflé le volume BTC/USDT de ~380 % via ses propres desks (Solidus Labs, sept. 2025) ; MEXC, Gate.io, Bitget signalés plusieurs fois pour plus de 90 % de faux volume (audits CER.live 2025). Volume fake total estimé : 1,9 T$ en 2025 (Bitwise + Inca Digital). Même Coinbase International (régulé) a été accusé de wash sur les perpétuels pour booster son classement (X + on-chain, juil. 2025).

     

    Le déclin de l’activité réelle se voit dans la structure du marché. Le volume spot a chuté d’environ 74 % depuis le pic 2021 (28T$ à ~7,2T$ annualisé, Kaiko 2025). Le volume spot DEX est passé de ~387B$ mensuels (2021) à ~94B$ en déc. 2025 (The Block + DeFiLlama). Les transferts quotidiens de USDT sur Tron ont baissé de ~61 % depuis 2022 (Artemis.xyz). Pendant ce temps, les dérivés dominent :

    Crypto Tokens In Form Of Coins

    Année

    Volume spot global

    Volume dérivés global

    % dérivés du total

    Source

    2021

    $28T

    $32T

    53 %

    CoinGecko + The Block

    2023

    $9.7T

    $42T

    81 %

    Kaiko

    2025

    $7.2T

    $51T

    87,6 %

    Kaiko Year-End 2025

    Binance indique que ~92 % de ses revenus 2025 viennent des frais sur dérivés et funding rates (rapport transparence oct. 2025).

    La conséquence indirecte : le marché ne parle plus d’adoption, mais de boucles de levier internes.

    Quand la croissance réelle des nouveaux utilisateurs stagne, le moyen le plus simple de gonfler le volume est d’augmenter le turnover chez les utilisateurs déjà présents. Les dérivés sont parfaits : le levier multiplie l’activité, les liquidations forcent des trades, les funding rates transforment la participation en flux de frais récurrents. On peut générer d’énormes chiffres « de marché » sans ajouter un seul nouvel utilisateur ou cas d’usage.

    Avec le temps, cela change ce qui est construit. Les équipes optimisent pour des narratifs spéculatifs, pas pour des produits utiles. Les lancements de tokens sont pensés pour la volatilité et les incitations, pas pour l’utilité et la rétention. Les protocoles courent après la « TVL » qui peut disparaître du jour au lendemain, car il ne s’agit pas de vraie demande utilisateur, mais de capitaux en quête de rendement.

    Ce creusement explique pourquoi Web3 semble à la fois immense et minuscule : immense en volume notionnel, minuscule dans la vie quotidienne. On le voit dans la domination du collatéral stablecoin, la concentration de l’activité sur quelques wallets récurrents, et la dépendance à de nouvelles incitations à chaque cycle au lieu d’une traction organique.

    Et cela sape la promesse originelle de Web3. La promesse portait sur de nouveaux rails : propriété, règlement, infrastructure financière réduisant la dépendance aux intermédiaires. Un marché dominé par le levier et la rotation custodiale fait l’inverse : il recentralise le pouvoir, éloigne les utilisateurs de l’auto‑garde et fait de « l’adoption » un tour de passe-passe comptable, pas un changement de société.

    Cette illusion utilisateur boucle la boucle : des amateurs sur les exchanges publient des métriques bidon (emails = utilisateurs) pour masquer la stagnation, sapant la confiance et bloquant Web3.

    Envelop Handled To Others With Binance Logo Wax Seal

    Pourquoi les faux utilisateurs détruisent toute la chaîne

    Des chiffres utilisateurs gonflés ne sont pas un simple coup de com’ sans conséquence. Ils corrompent activement la prise de décision à tous les niveaux de l’organisation.

    À commencer par le produit. Quand la direction croit avoir des centaines de millions d’utilisateurs actifs, on construit pour une échelle qui n’existe pas. Les équipes optimisent pour des cas imaginaires, pas pour la vraie douleur utilisateur. La complexité UX augmente, l’onboarding s’alourdit, des fonctionnalités sont lancées pour des fantômes. En réalité, la plupart des exchanges servent une petite cohorte de traders hyperactifs et une longue traîne de comptes dormants. Concevoir pour les premiers tout en prétendant servir les seconds garantit des résultats médiocres pour tous.

    Les prix et incitations suivent la même logique biaisée. Les grilles de frais, statuts VIP, bonus de parrainage et programmes de récompense sont justifiés par les chiffres d’utilisateurs en une. Mais si la base active réelle est bien moindre, ces incitations cannibalisent les revenus au lieu de les faire croître. D’où la guerre des frais, rabais funding, tokens : on se bat pour les mêmes utilisateurs volatiles, pas pour agrandir le gâteau.

    La stratégie réglementaire est aussi faussée. Revendiquer publiquement une adoption massive attire l’attention là où l’activité réelle ne suit pas. Les régulateurs ne regardent pas les emails inscrits, mais la concentration des volumes, l’exposition au levier et les risques pour les consommateurs. Quand un exchange vante « 200 millions d’utilisateurs » alors que tout passe par quelques wallets récurrents, il met en lumière le risque systémique, pas la légitimité. Le décalage entre promesse marketing et réalité on-chain sert de preuve, pas de protection.

    L’illusion détruit aussi la planification long terme. Les prévisions fondées sur une croissance utilisateur gonflée ratent inévitablement leur cible. Quand les objectifs ne sont pas atteints, la direction accuse le marché ou la régulation, pas ses hypothèses. Cela mène à des resets constants — nouveaux récits, nouvelles verticales, nouveaux produits — au lieu d’itérations disciplinées. L’organisation devient réactive, pas adaptative.

    À l’échelle de l’écosystème, les faux utilisateurs empoisonnent l’allocation du capital. Investisseurs, partenaires et médias répètent les chiffres gonflés, renforçant l’idée que l’adoption crypto est large et accélère. En réalité, la participation est superficielle et concentrée. Le capital court après une échelle qui n’existe pas, tandis que l’infrastructure vraiment utile mais peu glamour reste sous-financée. C’est ainsi que des cycles entiers se construisent sur du sable.

    Le plus grave, c’est l’érosion de crédibilité. Quand les utilisateurs comprennent que « utilisateurs » veut surtout dire comptes inactifs, la confiance s’effondre. Toute métrique suivante est suspecte. Même la vraie croissance est vue comme un tour de passe-passe comptable. D’où l’indifférence croissante aux annonces crypto. Le marché a appris à supposer l’exagération.

    Dans les secteurs matures, les métriques utilisateur sont ennuyeuses car elles sont précises. Les actifs sont définis strictement. Le churn est traqué. Les courbes de rétention comptent plus que les inscriptions. Dans Web3, c’est l’inverse : plus le chiffre est gros, mieux c’est — peu importe le sens.

    Ce n’est pas un hasard. C’est le résultat naturel d’une direction qui confond visibilité et valeur — un schéma qu’il faut examiner de près.

    Ce qui nous amène à ceux qui prennent ces décisions.

     

    Group Of People Wearing Mask Carrying Weapons

    Ce que « professionnel » signifie vraiment dans Web3

    Critiquer l’amateurisme sans définir le professionnalisme ne sert à rien. Dans les secteurs matures, le professionnalisme n’est pas une question de culture ou d’esthétique : c’est une norme opérationnelle imposée par les incitations, la gouvernance et les conséquences. Dans Web3, cette norme n’a jamais été clairement posée.

    Concrètement, une organisation Web3 professionnelle paraîtrait banale selon les standards business classiques. Pas de mystique, pas de récits exceptionnels, et très peu de tolérance pour l’ambiguïté sur les métriques clés.

    • Discipline sur les métriques : Les annonces de croissance reposent sur la rétention, le comportement de cohorte, la qualité des revenus et l’activité auditée — pas sur les inscriptions brutes, les volumes auto-déclarés ou les proxies on-chain non contextualisés.
    • Modèles économiques clairs : Compréhension explicite de comment l’entreprise gagne de l’argent, auprès de qui, selon quels risques, et comment le modèle réagit aux cycles de marché.
    • Continuité du management : Durée des dirigeants mesurée en années, pas en mois, avec une redevabilité liée aux résultats, pas à la narration ou au timing du marché.
    • Gouvernance réelle : Administrateurs indépendants, supervision des risques, contrôles internes conçus pour éviter l’échec catastrophique, et non juste accélérer la livraison — alignés sur des standards de sécurité et conformité vérifiables.
    • Marketing lié aux résultats : Tunnels, attribution, CAC et valeur vie remplacent les impressions, le théâtre KOL et la crédibilité par logos.
    • Humilité opérationnelle : Accepter de livrer imparfait tôt, puis renforcer les systèmes avec le temps — au lieu d’osciller entre vitesse imprudente et sur‑ingénierie paralysante.

    Aucune de ces exigences n’est vraiment difficile. Ce sont des attentes de base dans tout secteur mature, du logiciel à la finance en passant par la logistique. Ce qui les rend « radicales » dans Web3, ce n’est pas leur complexité, mais l’absence historique de conséquence à les ignorer.

     

     

    Défaillances du leadership – Des VCs aux CEOs, des amateurs aux commandes

    Les secteurs qui réussissent évoluent grâce à des dirigeants visionnaires qui bâtissent à partir de rien. Web3 ? C’est une régression : des carriéristes qui simulent l’expertise, financés par des VCs ayant négligé la due diligence. Cet amateurisme à tous les niveaux explique le taux d’échec des startups crypto : 1 842 fermetures en 2024–2025 (CoinGecko/RootData), et seulement 9 % des entreprises financées lors du bull run 2021–2022 survivent avec plus de 10 salariés (Messari 2025).

    Le « syndrome de l’échelle hiérarchique » décrit un échec où des dirigeants formés à optimiser de grands systèmes stables tentent de créer des entreprises qui n’existent pas encore. Dans les organisations matures, la réussite vient de l’amélioration incrémentale : optimiser la conversion de quelques points, gérer des équipes dans des hiérarchies établies, fonctionner avec des contraintes connues. Les entreprises en démarrage exigent l’inverse : tolérance à l’ambiguïté, contact direct client, capacité à décider de façon irréversible avec peu d’informations.

    Beaucoup de fondateurs et cadres Web3 viennent de la tech ou de la finance à un stade avancé, où le produit avait déjà de la demande, où le marché était défini, et où les erreurs étaient absorbées par l’échelle. Propulsés dans un environnement « from zero to one », ces opérateurs bloquent. Ils sur‑analysent au lieu de livrer, délèguent la découverte au lieu de s’y coller, attendent une validation qui ne viendra jamais. Les échanges clients sont remplacés par des dashboards. La vente est sous‑traitée avant d’être comprise. Les roadmaps s’allongent, la conviction se réduit.

    Un symptôme courant : la stratégie performative. Les dirigeants passent des mois à peaufiner le positionnement, la gouvernance, les récits « go‑to‑market » avant même qu’un client ait montré une volonté de payer. Or, en réalité, à ce stade, il faut vendre avant de faire une stratégie. Le travail n’est pas d’optimiser un tunnel mais d’en trouver un. Les opérateurs qui n’ont jamais conclu eux‑mêmes une vente, corrigé l’onboarding à 2h du matin ou livré avec des outils imparfaits n’intègrent pas cette logique. Ce qui ressemble à du professionnalisme vire à la paralysie.

    Dans Web3, ce phénomène est amplifié par le financement par token. Quand le capital arrive avant le product‑market fit, les dirigeants sont coupés des boucles de retour d’expérience qui forcent normalement l’apprentissage. Résultat : une classe de cadres à l’aise avec le langage de la gouvernance et des présentations, mais peu expérimentés dans le travail concret qui transforme une idée en business.

    Fondateurs : 68 % sans expérience de création d’entreprise (DocSend/Carta 2025) ; seulement 11 % ont bâti une société à 1M$ ARR (Crunchbase/AngelList) ; 34 % étudiants ou moins de 2 ans d’expérience. Employeurs pré-crypto : Google, Amazon, Goldman — arrivés tard, sans avoir vécu la création. Ils se font avoir : mauvais deals VC, promesses KOL, mises en relation BD qui échouent.

    Le tableau ci-dessous illustre la rotation des dirigeants :

    Poste / Secteur

    Ancienneté moyenne

    Source (2025)

    CEO crypto

    1,8 ans

    Crunchbase + LinkedIn, top 200 projets

    CTO crypto

    1,4 ans

    Même jeu de données

    CMO crypto

    11 mois

    Web3 Career + LinkedIn

    CEO tech traditionnelle

    6,7 ans

    Spencer Stuart 2025 Tech Officer Report

    CEO FinTech (hors crypto)

    5,4 ans

    Korn Ferry 2025

    CTO Big-Tech

    4,9 ans

    Même

    C-suite bancaire

    7,2 ans

    Deloitte Banking Executive Survey 2025

    La rotation est 3 à 6 fois plus élevée dans la crypto. Côté employés : 61 % en sont à leur premier ou deuxième poste ; 12 % seulement viennent d’entreprises à plus de 1B$ de chiffre d’affaires (LinkedIn, top 100 crypto).

    Cette instabilité empêche toute mémoire collective. Chaque départ de cadre efface le contexte : pourquoi telle décision, quels échecs, où sont les risques cachés. Dans les secteurs stables, cette mémoire permet de durcir les standards avec le temps. Dans la crypto, la rotation perpétuelle fait répéter les mêmes erreurs à chaque cycle.

    Quand un nouveau CTO hérite d’un code qu’il n’a pas conçu, sous pression pour livrer vite, il est tenté de tout refaire au lieu de comprendre. Un nouveau CMO sans données de cohorte relance des campagnes au lieu de corriger la rétention. Chaque reset donne l’illusion du progrès tout en effaçant des leçons précieuses.

    Cette rotation dégrade aussi la redevabilité. Les échecs sont attribués aux prédécesseurs, au marché ou à la régulation, jamais aux décisions. Sans continuité, personne ne porte les résultats assez longtemps pour être évalué dessus. À terme, l’organisation n’apprend plus rien. Le mouvement remplace le progrès, la nouveauté remplace l’amélioration.

    Voilà pourquoi la crypto ne développe jamais de standards opérationnels durables. Les processus ne se stabilisent pas car ceux qui devraient les faire respecter ne restent jamais assez longtemps pour en voir les conséquences.

    Échecs VC : 517 levées VC de plus de 10M$ échouent (CB Insights/PitchBook). Pas de due diligence : Three Arrows Capital reçoit 400M$ sans audit ; Harmony hacké (100M$) à cause de clés en clair (CTO ex-Facebook). Multichain : 60M$ levés sous de faux noms, 1,4B$ bloqués. ZKsync : 458M$, retards dus à des recrutements Google/Apple sans expérience crypto.

    Les incitations du capital-risque Web3 diffèrent de la tech classique. Dans le SaaS, on vérifie les clients, la qualité du revenu, la rétention, l’économie unitaire. Les investisseurs parlent aux utilisateurs, valident la demande, investissent sur preuve.

    Dans la crypto, la liquidité arrive souvent avant la validation. Les tokens permettent de valoriser sans rapport avec les fondamentaux. La diligence glisse du risque opérationnel au risque narratif. La question n’est plus « est-ce que ça marche ? », mais « cette histoire va-t-elle buzzer ? »

    La compétition sur le deal-flow empire le problème. Les fonds craignent de rater la prochaine hype plus que de financer une équipe non éprouvée. La vitesse remplace l’analyse. Un fonds bouge, les autres suivent, sur la preuve sociale, pas sur la recherche. Gouvernance repoussée, audits optionnels, signaux d’alerte justifiés par « c’est le début ».

    La liquidité secondaire aggrave les incitations. Fondateurs et investisseurs peuvent sortir avant même le product‑market fit, donc moins de pression pour corriger. Dans ce contexte, le capital récompense la persuasion, pas l’exécution. Sans surprise, cela sélectionne des profils calibrés pour lever, pas pour construire.

    Ce n’est pas de la malveillance, c’est structurel. Tant que les incitations ne sont pas alignées sur la création de valeur durable, le capital continuera de subventionner l’amateurisme.

    Cas concrets : FTX (Ponzi à la Mashinsky), Luna (Do Kwon tweetant « divertissant de voir les coins mourir »), 3AC (jets privés malgré 3,5B$ de défauts). EigenLayer : le fondateur avoue ne pas comprendre le restaking en interview.

    Tableau des prédictions ratées :

    Analyste/Firme

    Prédiction 2025

    BTC réel max 2025

    Source

    ARK Invest (Cathie Wood)

    Base 710k$, Bull 1,5M$+ d’ici 2030 (donc hausse massive attendue en 2025)

    ~103k$ pic

    Big Ideas 2025

    Standard Chartered

    150–200k$ fin 2025

    Raté de très loin

    Révisions multiples à la baisse

    Fundstrat (Tom Lee)

    150–250k$ 2025

    Faux

    Interviews

    Bernstein

    150k$ d’ici 2026 (abaissé depuis plus haut)

    Encore raté

    Rapports 2025

    Toutes fausses, mais relayées partout.

    La culture des prédictions crypto perdure car elle est sans conséquence. Analystes, fonds et influenceurs publient des prévisions audacieuses sans jamais suivre leur justesse, ni corriger, ni publier de score. Les erreurs s’effacent. De nouvelles prédictions remplacent les anciennes. L’attention redémarre à zéro.

    Dans d’autres domaines — macroéconomie, épidémiologie, météo — le bilan compte. On mesure la précision, on ajuste les modèles, la crédibilité s’accumule ou s’érode selon la performance. En crypto, la prédiction sert plus le marketing que l’analyse. Son but est l’engagement, pas la vérité.

    Les médias amplifient ce biais en relayant les chiffres chocs sans égard au passif. Une prévision ratée de 80 % reçoit le même traitement qu’une réussite. Résultat : un environnement où la confiance est confondue avec la compétence, et où la répétition remplace la preuve.

    Ce serait inacceptable dans tout secteur où les décisions sont risquées. Pourtant, dans la crypto — où les particuliers agissent sur ces récits — l’absence de redevabilité perdure. Le problème n’est pas l’excès de prédictions, mais l’absence d’audit.

    Amateurisme juridique : 42 % des projets tokens US poursuivis après 50M$ levés (Cornerstone 2025) ; Head of Legal, 11 mois d’ancienneté, issu de BigLaw sans crypto.

    Citations : « 90 % des dirigeants n’ont jamais livré de produit rentable » (VC, Telegram 2025) ; « Levé 120M$ via VCs Twitter — aucun produit » (fondateur « rugged », Spaces).

    L’argent facile a attiré des amateurs qui construisent lentement (se plaignant de la dette technique sans comprendre les choix initiaux), signent de mauvais deals et courent après la hype — tuant la vision.

    Pourquoi l’amateurisme prospère dans le leadership Web3

    La vraie question n’est pas pourquoi il y a tant de dirigeants peu qualifiés dans Web3, mais pourquoi le système les sélectionne encore et encore. Dans la plupart des secteurs, l’incompétence coûte cher et ne dure pas. En crypto, elle est souvent récompensée — au moins temporairement.

    Première raison : la structure du capital. Les startups classiques manquent de capital, ce qui impose la discipline très tôt (revenu, marges, économie unitaire). Côté crypto, on lève souvent des montants à huit ou neuf chiffres avant d’avoir un produit viable. Les tokens remplacent le revenu, la spéculation remplace la validation client. Les fondateurs peuvent survivre des années sans prouver qu’un client paierait. Là, le storytelling compte plus que l’exécution.

    Deuxième : l’investissement guidé par le récit. Le capital-risque Web3 tolère l’ambiguïté. Whitepapers, roadmaps, activité Discord, portée sociale remplacent souvent les fondamentaux. Quand l’argent s’alloue sur la dynamique narrative plutôt que sur les jalons opérationnels, les dirigeants optimisent pour la visibilité. On sélectionne ceux qui savent lever, tweeter, briller en conférence — pas ceux qui savent recruter, livrer, gérer la complexité.

    Troisième : absence de vraie gouvernance. La plupart des projets tokens n’ont ni board indépendant, ni contrôle formel, ni structure de redevabilité. Dans une entreprise classique, un dirigeant faible est limité par le board, l’audit, la pression des investisseurs. En Web3, les fondateurs contrôlent souvent à la fois l’entreprise et le token, s’isolant des conséquences même quand l’exécution déraille. Les mauvaises décisions s’accumulent au lieu d’être corrigées.

    Quatrième : asymétrie de talent. Beaucoup de leaders crypto n’ont jamais managé de vrais professionnels seniors. Quand ils recrutent des vétérans de la tech ou de la finance, ça échoue souvent. Les expérimentés attendent clarté, responsabilité, priorisation. Le leadership crypto offre plutôt ambiguïté, pivots constants, récits changeants. Résultat : rotation rapide au sommet, renforçant l’image d’une crypto « rapide » alors que le vrai problème est l’instabilité managériale.

    Cinquième : aléa moral. Les fondateurs peuvent extraire beaucoup de richesse personnelle avant le product-market fit via allocations de tokens, ventes secondaires, deals de conseil. Quand les pertes sont collectives et les gains privatisés, il y a peu d’incitation à faire le sale boulot de la durabilité. À l’inverse, les fondateurs classiques voient leur richesse bloquée en actions illiquides pendant dix ans ou plus.

    Les conséquences sont prévisibles : stratégie incohérente, roadmaps interminables, produits qui stagnent, nouvelles annonces pour relancer le moral, dette technique attribuée à la vitesse plutôt qu’à de mauvais choix, marketing qui comble le vide laissé par l’exécution.

    Cet échec du leadership explique aussi pourquoi les leçons évidentes ne sont pas retenues. FTX, Luna, Three Arrows Capital, Celsius, Harmony, et d’innombrables effondrements ne sont pas des exceptions. Ce sont des symptômes — voir aussi les échecs Layer-1 documentés. À chaque fois : contrôle concentré, gouvernance faible, levier non contrôlé, dirigeants hors de leur zone de compétence. Pourtant, à chaque cycle, le secteur prétend que ce sont des anomalies, pas des résultats structurels.

    Même aujourd’hui, beaucoup de ces figures attirent encore capital, attention et tribunes. Le marché n’a pas sanctionné l’incompétence car le système récompense toujours la narration plutôt que la réalité opérationnelle.

    Tant que cela ne change pas, Web3 recyclera les mêmes profils de dirigeants : confiants, éloquents, sous-qualifiés — pendant que les opérateurs compétents s’éloignent ou partent rapidement.

    Et quand le leadership échoue structurellement, le journalisme devrait jouer le rôle de système immunitaire.

    Dans Web3, ce n’est pas le cas.

    La technologie en démarrage n’est pas de construire des systèmes parfaits, mais des systèmes qui apprennent. Dans les entreprises matures, la perfection architecturale réduit le risque. Dans les startups, elle l’augmente souvent en retardant le retour d’expérience.

    Beaucoup d’équipes crypto oscillent entre deux extrêmes : vitesse irréfléchie et perfection paralysante. La seconde est souvent justifiée par la « sécurité » ou la « robustesse future », mais traduit surtout l’incertitude sur ce qu’il faut réellement construire. Sans vrais utilisateurs, il n’y a rien à optimiser.

    L’analogie utile : l’échafaudage vs le monument. Les premiers produits sont des échafaudages, structures temporaires à remplacer au fil de la compréhension. Les traiter comme des monuments gaspille temps et ressources. L’objectif n’est pas l’élégance, mais l’apprentissage.

    Quand les CTO privilégient la robustesse théorique à la demande validée, l’équipe accumule la mauvaise dette technique : complexité sans apprentissage. Quand la réalité rattrape, l’architecture est fragile non parce qu’elle a été précipitée, mais parce qu’elle a été conçue pour des hypothèses jamais vérifiées.

    L’exécution professionnelle n’est pas plus lente. Elle va vite là où c’est utile, soigneuse là où il le faut. Trop souvent, la crypto confond prudence et compétence.

     

    Défaillances du journalisme crypto – Le contenu sponsorisé prime sur l’enquête

    Le vrai journalisme sert à questionner le pouvoir, examiner les incitations et révéler les contradictions. Dans la crypto, les médias font souvent l’inverse : ils huilent l’écosystème à coups de communiqués, de récits sponsorisés et de prédictions recyclées — surtout quand les budgets pub explosent.

    Quand un secteur peut générer des milliards, permettre la fraude à grande échelle, et pourtant éviter toute enquête primée, il faut se demander : l’écosystème média est-il structuré pour informer, ou pour vendre de la diffusion ?

    Média

    % du revenu venant du contenu sponsorisé / communiqués

    Remarques

    Cointelegraph

    68–75 %

    Pitchs fuités + articles sectoriels

    CoinDesk

    55–62 %

    Rapports période rachat + témoignages ex-employés

    The Block

    70 %+

    Controverses historiques + focus sponsoring

    BeInCrypto

    80 %+

    Grilles tarifaires publiques + packs « garantie de publication »

    Cela crée un environnement où les prédictions « prestige » sont publiées même après de multiples échecs, et où les récits payants l’emportent souvent sur l’enquête, étouffant la reconnaissance indépendante. Les incitations ne récompensent pas la justesse, mais la capacité à être publié et promu.

     

    Exchange Evolution or Devolution? – From Web3 to Digital Casinos

     

     

    Exchanges pivoted from Web3 infrastructure to leveraged speculation, like the emperor switching outfits mid-parade. The numbers make this shift unmistakable: derivatives now dominate exchange economics.

    Period

    Spot Volume (CEX)

    Derivatives Volume (CEX)

    Derivatives % of Total

    Source

    2021 peak

    ~$28T annual

    ~$32T

    53%

    CoinGecko / The Block

    2023

    $9.7T

    $42T

    81%

    Kaiko

    2025 (through Q3)

    ~$7–8T annualised

    ~$51–60T annualised

    87–89%

    Kaiko Year-End 2025 + TokenInsight Q3

    Aug 2025

    $2.36T

    $7.36T

    75.7% (rising to ~89% by Nov)

    CoinDesk Exchange Review

    By October 2025, Binance disclosed that roughly 93% of its revenue came from derivatives fees and funding rates. Spot trading—the activity most aligned with Web3’s original promise of ownership and settlement—is down approximately 74% from its 2021 peak.

    Spot trading did not die because people suddenly lost interest in owning crypto assets. It died because the industry failed to create compelling reasons to hold, use, or transact with them outside of speculation.

    Retail exhaustion is the most visible factor. After multiple cycles of hype, collapses, and bailouts, retail participants have learned that long‑term holding rarely outperforms opportunistic trading unless one enters exceptionally early. The promise of “buy and hold” has been undermined by repeated dilution, unlock schedules, and governance failures. For many users, spot exposure now feels like subsidising insiders rather than participating in upside.

    At the same time, Web3 failed to deliver new, mass‑market use cases that require spot ownership. Payments never escaped volatility. NFTs failed to sustain utility beyond speculation. DeFi became increasingly abstract and yield‑driven. Outside a narrow group of power users, there was little reason to hold assets on‑chain except as collateral for further trading.

    Speculation crowded out utility because it was more profitable to serve. Exchanges discovered that derivatives monetised attention far more efficiently than spot markets. Just as online casinos outperform savings products in revenue per user, leverage products outperform custody and settlement in fee generation. Once this asymmetry became clear, spot markets became loss leaders rather than strategic priorities.

    This mirrors patterns seen in options trading booms in traditional finance. When platforms like Robinhood popularised options, underlying equity ownership stagnated while notional volume exploded. Activity increased, but participation narrowed. The market appeared vibrant while becoming more fragile. Crypto followed the same path, but faster and with fewer guardrails.

    Spot trading requires belief in long‑term value. Derivatives only require volatility. In an industry that increasingly struggles to articulate durable value creation, volatility became the easier product to sell.

    South Korea illustrates the regulatory asymmetry clearly. Traditional gambling is illegal for Korean citizens, even abroad, under Article 246. Yet crypto derivatives remain classified as speculative investment rather than gambling. The result is one of the highest per-capita leveraged trading populations globally, with Upbit and Bithumb regularly exceeding $10B in daily volume—over 95% of it derivatives.

    Security failures further expose the casino model’s fragility. In February 2025, Bybit suffered a $1.5B exploit attributed to North Korean Lazarus Group actors exploiting a supply-chain UI vulnerability—an operational failure inconsistent with platforms claiming to be the future of global finance.

    The NFT boom-and-bust provides a parallel case study in narrative chasing.

    Exchange

    Launched NFT Marketplace

    Shut Down / Sunset

    Reason Given

    Real Reason (Volume)

    Coinbase NFT

    Apr 2022

    Still limping

    Low activity

    Peak ~$500M lifetime → <$1M/month

    Binance NFT

    Jun 2021

    Delisted most collections (2025)

    Market conditions

    Volume down ~97% from peak

    Kraken NFT

    Sep 2022

    Full shutdown Feb 2025

    Reallocating resources

    <$2M monthly volume

    Bybit NFT

    2022

    Shutdown announced 2025

    Strategic shift

    Near-zero volume

    X2Y2

    2022

    Shutdown Mar 2025

    N/A

    Volume collapsed

    Exchanges quickly pivoted to new narratives: tokenized stocks, real-world assets (RWAs), and prediction markets. RWAs now represent roughly $18–24B in on-chain capitalization (RWA.xyz). Binance launched tokenized equities such as xApple. Polymarket processed an estimated $18–20B in volume in 2025, and Coinbase announced plans to enter the category in December.

    The shift toward a derivatives‑first ecosystem produces consequences that compound quietly over time.

    First, leverage loops replace genuine demand. Volume becomes self‑referential: traders trade because other traders are trading. Liquidations trigger more liquidations. Funding incentives pull capital in and push it out again. On‑chain activity appears healthy, but it is decoupled from any underlying economic use. When volatility compresses, the entire structure thins rapidly.

    Second, self‑custody norms erode. If most meaningful activity happens inside custodial derivatives platforms, users have little incentive to learn wallet management, key security, or on‑chain interaction. Crypto becomes something you log into, not something you own. This undermines one of Web3’s core claims: reducing reliance on trusted intermediaries.

    Third, on‑chain utility is hollowed out. Builders follow incentives. When exchanges and capital reward financial primitives that generate turnover—perpetuals, leverage tokens, prediction markets—talent flows away from slower, harder problems like identity, payments, governance, and infrastructure. What gets built reflects what gets funded.

    Fourth, user expectations shift. New entrants are trained to view crypto as a high‑risk betting environment rather than a toolkit for ownership or coordination. Losses are normalised. Blow‑ups are framed as entertainment. This narrows the audience to those comfortable with gambling dynamics, further shrinking the addressable market.

    Finally, systemic risk increases. Highly leveraged ecosystems are brittle. When stress events occur—exchange hacks, regulatory action, liquidity shocks—the feedback loops that once amplified volume amplify collapse instead. The same mechanisms that generate profits in calm periods accelerate damage in crises.

    These effects explain why Web3 can generate enormous revenue while failing to broaden its user base or societal relevance. The industry has optimised for extractive efficiency rather than adoption depth. Over time, that trade‑off becomes existential.

    As one former exchange executive put it: “Crypto trading is gambling with extra steps.” The quote resonates because the incentives align. Exchanges did not accidentally become digital casinos—they followed the revenue.

    From Infrastructure to House Edge

    Spot trading is structurally low-margin. Fees compress quickly, self-custody is possible, and volume depends on genuine demand. Derivatives, by contrast, generate layered revenue: funding rates, liquidation engines, leverage premiums, and internal market-making. None of this requires meaningful on-chain interaction.

    Once exchanges discovered that perpetuals could generate 8–15× the revenue of spot markets, the strategic direction was set. Wallet education, decentralization rhetoric, and on-chain experimentation were tolerated only insofar as they supported onboarding into leverage products.

    This explains the contradiction at the heart of modern exchanges: public celebrations of decentralization paired with interfaces that discourage withdrawals, and self-custody blog posts alongside business models optimized to keep assets on-platform.

    Regulatory Arbitrage as Business Model

    The South Korean case is not unique. Globally, where spot trading faces licensing, custody rules, and consumer protection, derivatives are routed through offshore entities and permissive jurisdictions. Risk is displaced, not reduced. The legal label changes; the economic function does not.

    Product Whiplash and Narrative Chasing

    NFT marketplaces, RWAs, tokenized stocks, and prediction markets follow the same pattern: each is framed as the future of Web3, each is adopted opportunistically, and each is abandoned or deprioritized when volumes fail to meet expectations. There are no post-mortems—only pivots.

    The Cost to Web3’s Original Thesis

    When the most powerful actors in the ecosystem optimize for leverage-based revenue, capital and talent flow away from genuinely decentralized infrastructure. Builders working on self-custody, composability, and permissionless systems compete against products designed to maximize churn and extraction.

    When exchanges become casinos, Web3 stops being a technological movement and becomes a financial entertainment industry.

    And when the industry’s most profitable actors are incentivized to keep users inside closed systems, it is unsurprising that serious professionals hesitate to participate.

    Which brings us to the final failure mode: talent.

    Systemic Unprofessionalism – The Talent Drought

    If every prior section explains what went wrong in Web3, the talent drought explains why it is not self-correcting.

    In functional industries, failure triggers adaptation. Bad companies die. Good operators replace them. Talent migrates toward opportunity. Over time, competence compounds.

    Crypto has not followed that pattern.

    Instead, the industry has entered a negative selection loop: the people most capable of fixing the problems increasingly choose not to participate, while those least qualified continue to circulate internally.

    The Numbers: Professionals Are Opting Out

    By 2025, the signal is unmistakable.

    Y Combinator’s Winter 2025 batch included only four crypto/Web3 startups, down from thirty-one at the peak of the last cycle. Andreessen Horowitz’s crypto fellowship applications fell 82% from their 2022 highs. Among verified senior engineers on Blind, just 3.8% said they would consider a crypto role at equal pay, compared to 27% in 2021.

    This is not a compensation problem. It is a credibility problem.

    Top engineers, operators, and executives increasingly view crypto as a career risk. Not because the technology lacks promise, but because the surrounding environment lacks professionalism, stability, and accountability.

    Experience Gaps Are Structural, Not Accidental

    The data on founder and employee backgrounds reinforces this.

    Only 9% of crypto founders between 2021–2025 had a prior exit, compared to 41% in SaaS and fintech. Just 11% had previously built a profitable company, versus 38% in adjacent sectors. More than one-third of founders were students or had fewer than two years of professional experience when they raised capital.

    Among employees, the picture is similar. LinkedIn data from the top 100 crypto companies by market capitalization shows:

    • 61% of employees joined crypto as their first or second job
    • Only 12% had ever worked at a company exceeding $1 billion in revenue
    • 47% of marketing hires had no prior marketing experience outside crypto

    This is not how mature industries scale. It is how echo chambers form.

    Churn as a Symptom of Low Standards

    Executive churn provides another revealing signal.

    Crypto CEOs average 1.8 years of tenure, CTOs 1.4 years, and CMOs just 11 months. In traditional technology firms, comparable roles average between five and seven years.

    High churn is often framed as “the pace of innovation.” In practice, it reflects poor hiring standards, weak governance, unrealistic expectations created by hype-driven fundraising, and a lack of institutional memory.

    When leadership resets every year, mistakes are not learned from. They are repeated.

    Resume Inflation and Governance Failure

    The talent problem is further compounded by credibility erosion.

    Background-check firms reported that 41% of C-level crypto hires between 2022–2024 materially exaggerated or fabricated prior roles. Claims of senior positions at major banks, funds, or tech companies routinely collapsed under verification.

    Governance structures offer little resistance. According to Messari’s 2025 governance report, 68% of token projects that raised over $50 million had zero independent directors, and 84% relied on multisig arrangements with fewer than five signers, often composed entirely of founders.

    In such environments, competent professionals face asymmetric downside. They carry reputational risk without corresponding authority.

    Why the Best People Walk Away

    Senior professionals compare crypto to other options—AI, enterprise software, infrastructure, climate tech—and see lower regulatory clarity, shorter executive tenures, higher reputational risk, worse data quality, and weaker governance.

    They opt out.

    The result is not merely a shortage of talent, but a self-reinforcing selection bias. As professionals leave, standards fall further. As standards fall, more professionals leave.

    This is the quiet failure mode of Web3. Not collapse. Hollowing-out.

    Conclusion: Clothing the Emperor — Or Letting Him Walk

    In The Emperor’s New Clothes, the story does not end with reform. It ends with recognition. The child speaks. The illusion breaks. The emperor, now aware of his nakedness, continues walking.

    Exposure alone does not guarantee correction. It merely removes the excuse of ignorance.

    Web3 now sits at that same inflection point. The evidence is no longer ambiguous. Marketing metrics are hollow. User numbers are inflated. Leadership churn is extreme. Journalism is compromised. Exchanges have optimized for extraction rather than infrastructure. Serious professionals are opting out in record numbers.

    The most dangerous outcome for Web3 is not collapse. It is stagnation—an ecosystem that survives financially while failing intellectually.

    If Web3 wants a future beyond speculative loops, it will need fewer slogans and more discipline: real metrics, real governance, real accountability, and leaders capable of operating through cycles rather than hype.

    The emperor has been exposed. What happens next depends on whether Web3 decides to get dressed—or keep walking.

    Frequently Asked Questions

    Is Web3 actually failing in 2025?Available data suggests stagnation rather than collapse. User activity, spot volumes, and new project formation have declined relative to prior cycles, even as prices remain elevated.

    Why do crypto exchanges focus on derivatives instead of spot trading?Derivatives generate significantly higher margins, predictable fee income, and capital efficiency compared to spot trading, especially in low-growth environments.

    Are crypto user numbers inflated?Multiple industry reports indicate high account overlap, inactive wallets, and wash trading, meaning headline user figures often overstate real engagement.

    Why are experienced executives reluctant to join Web3 companies?Short executive tenures, governance weaknesses, reputational risk, and unclear accountability structures reduce the attractiveness of senior roles.

    Can Web3 still professionalise?Possibly—but doing so would require structural changes to incentives, governance, and metrics, not simply better narratives or rebranding.

     

    Conclusion: Clothing the Emperor – A Call for Professionals

    The child has spoken: Web3’s emperor is naked, exposed by years of normalised incompetence and cosmetic success metrics. The industry’s problem isn’t that the technology has no potential—it’s that too many of the organisations built around it were never held to professional standards when it mattered most.

    If Web3 wants a future beyond speculative loops, it will need fewer slogans and more discipline: real metrics, real governance, real product delivery, and leaders who can operate through cycles rather than only in bull markets. The next era—if it arrives—won’t be defined by louder narratives. It will be defined by boring competence.

    That may sound like an insult to the culture that grew Web3—but it’s the opposite. It’s respect for the underlying idea: that trust can be engineered, transparency can be improved, and financial infrastructure can be made more resilient. None of that happens via hype alone. It happens via consistent, accountable execution.

    And if that shift doesn’t happen, then the “amateur hour” critique won’t just be a rant. It will be the post-mortem.

    Raphael Rocher Contributor

    Raphael Rocher is Contributor at VaaSBlock and host of the NCNG podcast, specialising in operational oversight, risk management practices, and cross-market research across emerging Web3 ecosystems. With a background bridging blockchain, compliance workflows, and product operations, he focuses on improving the structure, transparency, and maturity of early-stage crypto organisations.

    Based between Seoul and Southeast Asia, Raphael works closely with founders navigating complex market conditions, helping evaluate organisational processes, governance readiness, and long-term operational resilience. His work contributes to VaaSBlock’s independent scoring methodology and research outputs, particularly for projects expanding into Asian markets.

    Prior to VaaSBlock, Raphael held roles across product operations and systems implementation, giving him a practical understanding of how teams execute under pressure, scale infrastructure, and manage operational risk. This experience allows him to analyse Web3 teams not only from a technical or marketing lens, but from an organisational and cross-functional standpoint.

    Today, Raphael contributes to ecosystem research publications, RMA™ assessment reviews, and due-diligence guidance for projects aiming to demonstrate higher operational credibility. He frequently examines trends across Korean blockchain ecosystems, cross-chain infrastructure, and the evolving requirements placed on Web3 companies by investors, regulators, and institutional partners.